Devons-nous traiter la dépression d’une femme différemment de celle d’un homme?

Devons-nous traiter la dépression d’une femme différemment de celle d’un homme? Il semble que oui.

1) D’abord, la présentation de la dépression chez la femme est différente de celle de l’homme.

Les hommes développent plus de pertes de poids, de dépendance à l’alcool et d’abus de substances. Les femmes présentent plus de gains de poids, d’hypochondries et de plaintes somatiques.

2) La fréquence de la dépression est aussi 2 fois plus élevée chez les femmes que chez les hommes et plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène :

  1. a) Fluctuations significatives des niveaux d’estradiol : notamment lors de la puberté, après l’accouchement et au cours de la périménopause.
  • L’estradiol induit l’enzyme tryptophan hydroxylase qui est l’enzyme responsable de la synthèse de sérotonine.
  • L’estradiol diminue le transporteur à la sérotonine (ou la pompe de recapture de la sérotonine).
  • L’estradiol est neuroprotecteur (supprime le stress oxydatif et l’excitotoxicité glutamatergique et stimule la prolifération neuronale).
  1. b) La synthèse de la sérotonine est 52% plus élevée chez les hommes que chez les femmes.
  1. c) La dégradation de la sérotonine est aussi fonction du sexe :
  • L’enzyme MAO-A est retrouvée sur le chromosome X donc les femmes ont 2 fois le nombre de gènes pour cette enzyme comparées aux hommes. Malgré la normalisation habituelle opérée par l’organisme pour égaler l’expression des gènes du chromosome X avec celle des hommes, une inactivation incomplète peut se produire chez les femmes et la sérotonine disponible se trouve alors diminuée par la plus grande quantité d’enzyme MAO.
  • La testostérone et l’estradiol diminuent l’activité de l’enzyme MAO donc lors des déclins périodiques d’estradiol chez la femme, l’enzyme MAO est plus prévalent et la sérotonine diminue.
  • Un élément qui contrôle la réponse du gène de la MAO-A se lie avec une protéine située sur la région déterminante du sexe du chromosome Y conduisant à une diminution de l’activité de cette enzyme.

3) L’activité des cytochromes 1A2 et 2C19 est plus grande chez les hommes (puisque l’estradiol inhibe ces 2 enzymes) alors que l’activité des CYP 3A4 et CYP 2D6 est plus grande chez les femmes.

4) L’activité de la P-glycoprotéine (P-gp) est réduite chez les femmes (elles expriment la moitié de la quantité de ce transporteur membranaire de détoxification par rapport aux hommes). Donc la concentration cérébrale des médicaments est plus élevée chez les femmes. Elles sont par exemple plus sensibles aux effets secondaires et à la dyskinésie tardive causés par les antipsychotiques que les hommes.

Traitement de la dépression selon le sexe :

  • Remplacement d’estradiol chez la femme
  • soit en monothérapie
  • soit en ajout aux ISRS : effet synergique permettant une réponse rapide et plus robuste
  • IMAO plus efficace chez les femmes que chez les hommes
  • ISRS plus efficace chez les femmes avant 44 ans car effet synergique de l’estradiol et des ISRS. Ces femmes répondraient mieux aux ISRS que les hommes.
  • Les femmes de plus de 50 ans et postménopausées répondent mieux aux ISRN.
  • Des modulateurs sélectifs des récepteurs béta aux estrogènes (ER-β) sont présentement en développement puisque les effets négatifs de l’estradiol semblent liés à sa liaison avec les récepteurs alpha (ER-α).
  • Les hommes répondraient mieux aux antidépresseurs tricycliques que les femmes car la fenêtre thérapeutique étroite de ces agents est plus difficile à atteindre chez les femmes à cause notamment des fluctuations des niveaux d’estrogènes.
  • Les hommes ont une clairance 40% plus rapide d’olanzapine que les femmes. (Plus grande activité du CYP 1A2). Les doses de ce médicament doivent donc être plus faibles chez les femmes.