Le cannabis à des fins médicales. « Encore beaucoup à faire là-aussi. » Partie I

 

En prévision du 17 octobre 2018, date officielle de la légalisation du cannabis au Canada, Santé Canada lançait, au printemps 2017, une vaste enquête à travers le pays sur la consommation de cette drogue à des fins récréatives (illicite à l’époque) et à des fins médicales (autorisée depuis juillet 2001). Cette collecte de données qui s’intitulait : ‘’Enquête canadienne sur le cannabis de 2017 : Sommaire des résultats’’ (1) portait sur un total de 9 215 répondants, dont 2650 (29%) déclaraient avoir consommé du cannabis au cours des douze derniers mois à des fins médicales ou non médicales.

De ceux-ci, 768 personnes ou 12% des répondants affirmaient avoir fait usage de cannabis à des fins médicales au cours des douze derniers mois. La vaste majorité d’entre eux, soit 730 usagers, a répondu à la section médicale de l’enquête et plusieurs de ces réponses, tout en étant très révélatrices, sont aussi préoccupantes pour la suite des choses.

Disons d’abord que 7 personnes sur 10 (71%) qui consommaient du cannabis à des fins médicales déclaraient ne posséder aucun document médical d’un professionnel de la santé.

Sur un plan beaucoup plus positif, ces mêmes sujets affirmaient que leur usage de cannabis à des fins médicales avait contribué, chez un fort pourcentage d’entre eux (72%), à réduire leur consommation d’autres médicaments. Autre constat extrêmement encourageant, et qui pourrait paraitre un peu surprenant au vu des preuves présentement disponibles (2-5), pratiquement tous ces usagers de cannabis à des fins médicales (97%) estimaient que le cannabis avait aidé à gérer leurs symptômes ou leurs maladies.

De façon non surprenante, la vaste majorité (78%) de ceux ayant fait usage de cannabis a des fins médicales au cours des douze derniers mois en avaient consommé pour les mêmes raisons au cours des trente derniers jours, à une fréquence qui pouvait varier d’une fois par jour (41%), à deux fois par jour (19%), et à cinq fois par jour ou plus (18%).

En ce qui concerne le mode d’utilisation à des fins médicales, les feuilles et fleurs séchées (cannabis fumé ou vaporisé) constituaient de loin le véhicule préféré (chez 81% des répondants). Venaient ensuite les produits comestibles (30%) et plus rarement les huiles, les concentrés ou liquides à teneur élevée et les teintures. Ce qui étonne dans un contexte de cannabis médical, c’est la fréquence avec laquelle ces produits étaient le plus souvent consommés. Par exemple, pour les feuilles et fleurs séchées, les réponses variaient d’un usage quotidien (34%), à un usage hebdomadaire (29%), mensuel (20%), ou même inférieur à une fois par mois (17%). En ce qui concerne les produits comestibles, ils étaient consommés, à des fins médicales, à une fréquence encore plus faible, soit une fois par semaine pour 22%, une fois par mois pour 31%, et moins d’une fois par mois pour 39% des répondants. Comment doit-on interpréter ces résultats? L’explication la plus plausible semble être que, dans la majorité des cas, la condition médicale ne justifiait sans doute pas la prise de cannabis à des fins thérapeutiques. Par conséquent, ces usagers pouvaient plutôt être classés parmi les utilisateurs de cannabis à des fins récréatives.

Ces données concordent avec plusieurs autres constats de cette enquête, dont le fait que seulement trois personnes sur dix disposaient de l’autorisation d’un professionnel de la santé pour faire usage de cannabis à des fins médicales. De plus, à peine deux utilisateurs de cannabis à des fins médicales sur dix (19%) ont déclaré s’être procuré leur produit au moyen du programme sur l’accès au cannabis à des fins médicales. Un tiers d’entre eux (33%) l’ont obtenu d’un membre de la famille ou d’un ami, tandis qu’environ un quart (23%) ont fait affaire avec un club de compassion ou un dispensaire, et un dernier quart (22%) avec un vendeur de rue.

Enfin, notons que le coût mensuel que ces utilisateurs ont du payer pour obtenir leur cannabis à des fins médicales est non négligeable. Il varie entre 121 et 124 dollars par mois. Que ces individus qui souvent vivent des situations difficiles et précaires et qui sont le plus souvent inaptes au travail aient eu à assumer la totalité de ces coûts est tout à fait inéquitable dans le contexte de notre régime de santé actuel.

Il n’y a aucune raison de croire que la situation actuelle est différente de celle qui prévalait avant le 17 octobre dernier ou que ces graves lacunes seront corrigées à court ou moyen terme, en l’absence de mesures énergiques de la part de notre système de santé.

C’est ce que nous tenterons d’analyser dans un prochain bulletin.

 

Références :

  1. Sante Canada (2017) : Enquête canadienne sur le cannabis (ECC) de 2017 : Sommaire des résultats. Ottawa, Sante Canada.
  2. Borgelt, L.M., Franson K.L., Nussbaum, A.M., Wang, G.S. The pharmacologic and clinical effects of medical cannabis. Pharmacotherapy 2013; 33(2):195-209.
  3. Fischer, B., Russell, C., Sabioni, P., van den Brink, W., et al. Lower-risk cannabis use guidelines: A comprehensive update of evidence and recommendations. Public Health Policy 2017; 107 (8): e1-e12.
  4. Wang T., Collet, J.P., Shapiro S., Ware M.A. Adverse effects of medical cannabinoids: a systematic review. CMAJ 2008; 178(13): 1669-78.
  5. Whiting, P. F., Wolff, R.F., Deshpande, S., et al. Cannabinoids for medical use: A systematic review and meta-analysis. JAMA 2015; 313(24): 2456-2473.