Le cannabis à des fins médicales. « Le cannabidiol : un produit en vente libre et/ou un médicament d’ordonnance. »

Le Sativex qui contient des quantités à peu près égales de cannabidiol (CBD) et de delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) a été approuvé au Canada in 2005 pour le traitement de la sclérose en plaques et, en 2007, pour le traitement de la douleur cancéreuse (1). L’Epidiolex qui est un extrait de cannabis presque pur (98% CBD) vient d’être autorisé aux Etats-Unis (le 20 juin dernier) pour le traitement de formes graves d’épilepsie (2). On pouvait s’attendre à ce que le gouvernement canadien leur emboite le pas rapidement. Or, dans les circonstances actuelles, ceci parait peu probable puisque, le 17 octobre dernier, le Canada a légalisé le cannabidiol non seulement à des fins médicales, mais également à des fins récréatives.

Notons qu’aux Etats-Unis, le cannabidiol ou les produits du CBD non-approuvés par le Food and Drug Administration (tous les produits autres que le Sativex et l’Epidiolex) sont classés de Catégorie I, ce qui signifie que leur production, leur distribution et leur possession sont strictement illégales (3).

Il faut savoir, comme nous le verrons plus tard, que le cannabidiol qui peut représenter jusqu’à 45% de l’extrait de la plante cannabis sativa, a de nombreux mécanismes d’action, mis à part sa faible affinité pour les récepteurs cannabinoïdes, et qu’il a un potentiel thérapeutique considérable (4). Par exemple, bien qu’il n’ait pas d’effets psychoactifs (euphorisants) comme le THC, il a des effets anti-anxiété et antipsychotiques (5,6). Les recherches récentes, bien qu’encore souvent préliminaires, montrent que le CBD a, entre autres, des effets anti-inflammatoires, antioxydants, antitumoraux, anticonvulsivants, antiémétiques, anxiolytiques, antidépresseurs et antipsychotiques (2,4-9).

Il est recherché pour ses effets sédatifs et anxiolytiques surtout, mais les connaisseurs le recommandent aussi pour les céphalées, l’insomnie, le stress, les douleurs menstruelles, la fibromyalgie, la perte d’appétit, la dépression, le trouble du déficit de l’attention, les douleurs musculaires, les convulsions et l’épilepsie. Il est disponible dans la plupart des pays, sous forme d’huile, de capsules, de gélules, de gouttes, de crèmes et même de gomme à mâcher. Son dosage est imprécis et varie selon le consommateur. Enfin, il n’est accessible légalement qu’auprès de la Société Québécoise du Cannabis (SQDC), soit en ligne ou dans une de ses succursales (sous formes limitées actuellement : par exemple huile, atomiseur, fleurs séchées).

Malgré la légalisation presque totale (sauf pour quelques restrictions) du cannabis à des fins médicales ou récréatives au Canada, un extrait naturel ou un produit synthétique du CBD, par exemple, pourrait-il, une fois que son efficacité thérapeutique soit scientifiquement démontrée, être breveté comme médicament d’ordonnance? En d’autres mots, une substance légale et disponible en vente libre comme le CBD peut-elle, encore aujourd’hui, bénéficier d’une législation comparable, par exemple, à celle ayant permis l’approbation du Sativex en 2005 et 2007?

 

Les recherches scientifiques sur le CBD, bien qu’extrêmement prometteuses comme nous le verrons plus tard, n’en sont encore qu’à leurs débuts. Or, le fait que, dans un avenir plus ou moins prévisible, on ne puisse se procurer cette substance qu’en vente libre, bien que ce soit par l’intermédiaire d’une société aussi respectable que la SQDC, n’augure rien de très positif pour le futur de ce médicament au Canada.

Ceci étant dit, il est possible qu’à l’heure actuelle, aucun produit naturel ou synthétique de CBD (exception faite pour l’Epidiolex) ne soit encore au stade d’être breveté. Toutefois, la possibilité qu’une réglementation puisse permettre, à plus ou moins court terme, l’approbation d’un ou plusieurs de ces produits comme médicaments d’ordonnance pourrait sûrement rassurer la profession médicale, les chercheurs et l’industrie pharmaceutique elle-même. En effet, il faut se rappeler qu’une bonne partie de la recherche biomédicale sur le médicament est financée par l’industrie pharmaceutique qui y trouve son compte en mettant ensuite sur le marché certains produits prouvés efficaces.

 

 

Références :

  1. Papasseit E, Pérez-Mana C, Pérez-Acevedo AP, et al. Cannabinoids: from pot to lab. Int J Med Sci 2018; 15(12): 1286-1295.
  2. Thiele EA, Marsh ED, French JA, et al. Cannabidiol in patients with seizures associated with Lennox-Gastaut syndrome: a randomized double-blind placebo-controlled phase 3 trial. The Lancet 2018; 391: 1085-1096.
  3. Hudak J, Stenglein C. ‘’DEA guidance is clear: Cannabidiol is illegal and always has been’’. https://www.brookingsedu/blog/fixgov/2017/02/06.
  4. Pisanti S, Malfitano AM, Ciaglia E, et al. Cannabidiol: State of the art and new challenges for therapeutic applications. Pharmacol Ther 2017; 175: 133-150.
  5. Blessing EM, Steenkamp MM, Manzanares J, Marmar CR. Cannabidiol as a potential treatment for anxiety disorders. Neurotherapeutics 2015; 12(4): 825-836.
  6. Iseger TA, Bossong MG. A systematic review of the antipsychotic properties of cannabidiol in humans. Schizophrenia Research 2015; 162: 153-161.
  7. Prud’homme M, Cata R, Jutras-Aswad D. Cannabidiol as an intervention for addictive behaviors: A systematic review of the evidence. Substance Abuse 2015; 9: 33-38.
  8. Fernández-Ruiz J, Sagredo O, Pazos MR, et al. Cannabidiol for neurodegenerative disorders: important new clinical applications for this phytocannabinoid? Brit J Clin Pharmacol 2013; 75(2): 323-333.
  9. Iffland K, Grotenhermen F. An update on safety and side-effects of cannabidiol: A review of clinical data and relevant animal studies. Cannabis and Cannabinoid Res 2017; 2 (1): 139-154.